Rue Antoine Dubois, c. 1866

Marville : rue Antoine Dubois

Rue Antoine Dubois, de la rue de l’École de Médecine. Paris VIe. Vers 1866.

Version haute définition : 2600 x 2807 pixels.

Marville se trouve rue de l’École de Médecine, et photographie la rue Antoine Dubois, anciennement de l’Observance 1. 1. La rue de l’Observance change de dénomination par décret présidentiel du 14 juin 1851. Au fond, nous voyons la rue Monsieur le Prince et le débouché de la rue Casimir Delavigne, anciennement Voltaire 2. 2. La rue Voltaire change de dénomination par décret impérial du 24 août 1864.

La rue Antoine Dubois devait disparaître en vertu du décret du 28 juillet 1866 relatif au prolongement du boulevard Saint Germain entre le boulevard Saint Michel et le quai d’Orsay et autres opérations de voirie accessoires, qui prévoyait “la suppression de la rue Antoine Dubois et l’ouverture d’une rue nouvelle en prolongement de la rue Voltaire, jusqu’à la rue de l’École de Médecine”, ainsi que le “redressement de la rue Dupuytren, en continuation de la rue des Quatre Vents”. Ces opérations de voirie ne seront pas mises à exécution. Un décret Jules Grévy du 2 septembre 1879 abroge la disposition du décret du 28 juillet 1866 supprimant la voie. J’ai fait figurer en lignes pointillées orange ces tracés projetés sur un plan ci-après.

La rue de l’Observance Saint François a été percée en 1672-1674, à la même époque que la rue de Touraine (Dupuytren), sur un jardin un temps converti en cimetière, le long du couvent des Cordeliers. Le 25 juillet 1793, la Commune la renomme place de l’Ami du Peuple en mémoire de Jean-Paul Marat assassiné à proximité le 13 juillet de la même année. Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), époque de la chute de Robespierre, la place de l’Ami du Peuple est débaptisée et reprend son ancienne dénomination. Elle reçoit le nom d’Antoine Dubois en 1851.

À gauche (impairs), nous voyons le bâtiment de l’Hôpital des cliniques, construit en 1833-1834, suivi de deux immeubles privés dont un hôtel. Tout ce bâti va disparaître en 1876-1878 pour laisser place à l’École pratique de la Faculté de médecine. À droite (pairs), le bâti est demeuré aujourd’hui inchangé.

Plan du couvent des Cordeliers

Couvent des Cordeliers vers le milieu du XVIe siècle 3. En grisé, le pourpris du monastère. L’église est démolie en 1795, l’espace libéré est dénommé “place de l’École de Médecine”. [2600 x 1929 px.] 3. Adolphe Berty, Lazare-Maurice Tisserand. Topographie historique du vieux Paris, volume 5, p. 383. Paris, Imprimerie nationale, 1887.

Plan du couvent des Cordeliers

“Place de l’École de Médecine où l’on voit encore les restes de l’Église des Cordeliers ; dessiné sur les lieux par L. Chancourtois. 1805.” Dessin de René-Louis-Maurice Béguyer de Chancourtois (1757-1817). BNF. Au premier plan, la rue de l’Observance et à gauche, l’ancienne Académie royale de chirurgie. [2600 x 2032 px.]

L’Académie royale de chirurgie, ouverte en 1775 (le bâtiment à colonnade que l’on voit encore sur la rue de l’École de Médecine), dispose à partir de 1776 d’un hospice de six lits pour des malades atteints de maux “graves et extraordinaires”, des cas pouvant être utiles aux progrès de la science et à l’enseignement. La capacité est portée à 16 lits en 1783. Le 14 frimaire an III (4 décembre 1794), l’ancienne Académie qui, fusionnée avec l’Académie de médecine, va devenir École de santé, obtient la mise à disposition du couvent désaffecté des Cordeliers, de l’autre côté de la rue. L’Hospice de l’École de santé s’y installe en juin 1796, dans les bâtiments du cloître et ceux construits au XVIIe siècle le long de la rue de l’Observance. Il sera dénommé Hospice de l’École de médecine en 1798, puis Hospice clinique de la Faculté de médecine en 1808. Dans les années 1820, ses services de médecine et de chirurgie sont complétés d’un service d’obstétrique. Il compte alors 36 lits, dont la gestion est déléguée à l’Administration des hospices.

Peu pratiques et vétustes, les bâtiments hérités du cloître des Cordeliers sont démolis en 1832. Un nouveau bâtiment, dû à l’architecte Alphonse de Gisors (1796-1866), est construit et ouvre fin 1834 (la partie à l’angle des rues de l’École de Médecine et Antoine Dubois ne sera achevée qu’à la fin des années 1840 4) ; c’est lui que nous voyons sur la photographie. 4. Crédits alloués par la loi du 20 juin 1847. Le nouvel Hôpital des cliniques dispose alors de 137 lits. Plus tard, le service de médecine quitte pour l’Hôtel-Dieu (1837) et celui de chirurgie quelques années après pour l’hôpital Necker, seule demeure alors la clinique d’obstétrique. En 1878, le bâtiment doit être démoli pour l’agrandissement de l’École pratique (architecte Léon Ginain, 1825-1898). La première pierre de la nouvelle École pratique est posée le 4 décembre 1878 5. 5. Le Temps, 5 décembre 1878, no 6437, p. 1. La clinique d’accouchement, fermée en décembre 1877 pour la démolition, sera réinstallée au 89, rue d’Assas en avril 1881 (clinique Tarnier à partir de 1897).

Le no 1, rue Antoine Dubois (l’hôtel) et le 23, rue Monsieur le Prince (l’immeuble suivant), sont démolis vers novembre 1876 6. 6. Journal des débats politiques et littéraires, 28 octobre 1876, no 4844, p. 2. L’Hôpital des cliniques est évacué de ses patients fin 1877 et est démoli début 1878 7. 7. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 2e série, tome XV, no 1, p. 16.

Quartier École de Médecine, îlot no 1

Cloître du couvent des Cordeliers sur le cadastre par îlots de Philibert Vasserot (quartier École de Médecine, îlot no 1), vers 1828. En gris, les bâtiments investis par l’Hospice de l’École de santé en 1796. Archives nationales. [2600 x 1626 px.]

Plan rue Antoine Dubois

Position de Marville. [1600 x 1000 px.]

DUBOIS (RUE ANTOINE-). Commence à la place de l’École-de-Médecine, nos 21 et 23 ; finit à la rue Monsieur-le-Prince, nos 21 et 23. Le seul impair est 1 ; le dernier pair, 8. Sa longueur est de 59 m. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

« 19 août 1672. — Arrêt du Conseil. — Le Roy estant en son Conseil, s’estant faict représenter le plan arresté entre les Prévost des marchands et eschevins de sa bonne ville de Paris et le sieur président de Mesmes, scindicq apostolique et protecteur général des Cordeliers de France, et en particulier du grand couvent de la d. ville, pour la construction d’une place de 9 thoises de large 8, au-devant du grand portail de leur église, sur 18 thoises de long, et d’une rue de 6 thoises de large, qui traversera la d. place jusques à la rue des Fossés, vis-à-vis l’hostel de Condé, etc.… 8. L’important décrochement de la façade de l’actuel no 2, rue Antoine Dubois, est un vestige de cette place face au portail de l’église et doit faire environ 3 toises de profondeur (un peu moins de 6 mètres), soit la différence entre les largeurs de la place et de la rue prévues par l’ordonnance de Louis XIV. Sa Majesté estant en son Conseil a ordonné et ordonne que le d. plan sera exécuté selon sa forme et teneur, etc.… » — La rue qui nous occupe fut ouverte peu de temps après sur une moindre largeur de 11 m. 50 c., et la dénomination de rue de l’Observance qu’elle reçut alors rappelle la maison religieuse des Cordeliers, dite le grand couvent de l’Observance. Un arrêté de la Commune, du 25 juillet 1793, donna à cette voie publique le nom de place de l’Ami-du-Peuple. En l’an IV, elle fut appelée place de l’École-de-Santé, et quelque temps après elle reprit sa dénomination primitive. — Une décision ministérielle du 23 frimaire an IX, signée Chaptal, et une ordonnance royale du 11 août 1844, ont maintenu la moindre largeur de 11 m. 50 c. Les constructions riveraines ne sont pas soumises à retranchement. — « Au nom du Peuple français, le Président de la République… décrète : Art. 1er. Est approuvée la délibération en date du 16 mai 1851, par laquelle la commission municipale voulant honorer la mémoire du chirurgien Antoine Dubois, a émis le vœu que la rue de l’Observance prît à l’avenir la dénomination de rue Antoine-Dubois… Fait à l’Élysée national, le 14 juin 1851. Signé : L. N. Bonaparte. »

Antoine Dubois naquit à Gramat (Lot), le 17 juillet 1756. Il vint à Paris à l’âge de vingt ans, ayant pour toute fortune deux sous et demi dans sa poche. Desault lui enseigna les premiers éléments de la science, et le nomma bientôt son prévôt. Dès l’année 1802, Dubois avait été choisi par le conseil général des hospices pour diriger le service chirurgical de la Maison de Santé qui a depuis porté son nom. Créé baron de l’Empire en 1810, il fut nommé membre de l’Académie de Médecine en 1820. — L’illustre chirurgien est mort à Paris le 30 mars 1837.

[Félix et Louis Lazare. Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris. Paris, Bureau de la Revue Municipale, 1855.]

Antoine Dubois, professeur à l’École de médecine

Portrait d’Antoine Dubois, professeur à l’École de médecine par Louis-Léopold Boilly (1761-1845). Gravé par Jean-Baptiste Gautier (17…-18…) en 1807. Musée Carnavalet. [1600 x 2273 px.]

Datation de la prise de vue : vers 1866.

No xxxRue Antoine Dubois, de la rue de l’École de Médecine. Vers 1866.
State Library of VictoriaMusée CarnavaletBHVP (négatif)
CARPH000822NV-004-C-0238
27.4 x 28.528.7 x 37.8
1865-18681867-1868

Position estimée