Le théâtre du Vaudeville (1869)

Le théâtre du Vaudeville a été construit au coin du boulevard des Capucines et de la rue de la Chaussée d’Antin, de janvier 1867 au 1er avril 1869, sur commande de la Ville de Paris et sur des plans de l’architecte Auguste-Joseph Magne (1816-1885).

La salle de 1800 places est inaugurée publiquement le 23 avril 1869 avec trois comédies : Le Contrat d’Henri Mailhac, Les Oublieuses de Edmond Gondinet et Le choix d’un gendre d’Eugène Labiche et Alfred Delacour.

Le théâtre est vendu aux enchères par la Ville de Paris en 1875 (à M. Lebaudy pour 1 100 000 francs).

Après avoir été acheté fin 1924 par la Paramount, le théâtre ferme le 18 avril 1925 et l’immeuble est entièrement démoli en octobre-novembre 1925, malgré les protestations. Il fait place à une salle de cinéma de 1915 places, inaugurée le 24 novembre 1927, le Paramount Opéra (devenu en 2007, Gaumont Opéra).

Le Vaudeville était auparavant, de 1840 à 1868, place de la Bourse. Cette ancienne salle, construite sous le nom de Théâtre des Nouveautés en 1826 et qui hébergea l’Opéra comique de 1832 à 1840, devait être sacrifiée lors du prolongement de la rue Réaumur (maintenant rue du Quatre septembre).

THÉÂTRE DU VAUDEVILLE

HISTOIRE. — Le premier théâtre du Vaudeville fut inauguré le 12 janvier 1792, dans une salle de la rue de Chartres, près du Louvre, connue sous le nom de Vauxhall, et aménagée en théâtre par l’architecte LENOIR, dit Le Romain. En 1838, un incendie détruisit la salle de la rue de Chartres, et le Vaudeville alla s’établir place de la Bourse, au théâtre des Nouveautés, construit en 1826 par l’architecte DEBRET (François).

L’expropriation vint, en 1868, chasser le Vaudeville de la place de la Bourse pour donner passage à la voie qu’on appelle aujourd’hui rue du Quatre-Septembre, et l’administration municipale chargea l’un de ses architectes, M. MAGNE (Auguste-Joseph), actuellement inspecteur général honoraire des travaux d’architecture de la ville de Paris, de reconstruire cette salle sur l’emplacement occupé par l’ancien hôtel Sommariva, qui était situé dans la rue Basse-du-Rempart, rue supprimée pour livrer passage au boulevard des Capucines.

La construction du théâtre, ainsi que celles des maisons adjacentes jusqu’à la rue Meyerbeer, a été commencée au mois de janvier 1867 et terminée le 1er avril 1869. L’ouverture de la nouvelle salle a eu lieu le 22 du même mois.

Le théâtre du Vaudeville n’appartient plus à la ville de Paris. En vertu d’une délibération du Conseil municipal, il a été mis aux enchères publiques et acquis par M. LEBAUDY.

DESCRIPTION.

EXTÉRIEUR.

FAÇADE.

Théâtre du Vaudeville, 1868

PREMIER ÉTAGE.

L’architecte ne disposait pour la façade de son œuvre que d’un espace très étroit, en pan coupé, au point d’intersection de la rue de la Chaussée-d’Antin et du boulevard des Capucines. L’entrée principale est placée à l’angle des deux voies, et deux autres issues sont disposées l’une sur la rue et l’autre sur le boulevard, donnant toutes les deux accès au bureau de location.

La façade principale du Vaudeville forme parallèle avec celle du pavillon de Hanovre, situé de l’autre côté du boulevard. Elle forme sur l’angle une rotonde engagée entre deux hautes maisons et surmontée d’une coupole.

Au-dessus des trois larges baies en arcades du rez-de-chaussée, le premier étage est percé de trois ouvertures rectangulaires qui s’ouvrent sur un large balcon et qui sont séparées entre elles par des colonnes engagées, et cerclées de bracelets. Ce balcon est supporté par des consoles accouplées entre lesquelles sont sculptés des écussons aux armes de la Ville. Dans des niches qui surmontent les fenêtres, sont placés les bustes de vaudevillistes célèbres.

BAIES LATÉRALES DU FOYER.

Côté gauche :

Collé. — Buste. — Pierre. — H. 0m, 50. — Par M. ÉVRARD (VICTOR).

Côté droit :

Désaugiers. — Buste. — Pierre. — H. 0m, 50. — Par M. ÉVRARD (VICTOR).

Baie centrale :

Scribe. — Buste. — Pierre. — H. 0m, 50. — Par Mlle DUBOIS-DAVESNES (MARGUERITE-FANNY).

SECOND ÉTAGE.

L’étage supérieur est décoré de quatre cariatides, représentant :

La Folie. — Ronde bosse. — Pierre. — H. 2m, 55. — Par M. SALMSON (JULES-JEAN). Elle agite une marotte.

La Comédie. — Ronde bosse. — Pierre. — H. 2m, 55. — Par M. SALMSON (JULES-JEAN). Elle porte dans la main droite un masque qu’elle élève à hauteur de son visage ; elle tient un miroir dans la main gauche.

La Satire. — Ronde bosse. — Pierre. — H. 2m, 55. — Par M. SALMSON (JULES-JEAN). Elle porte un fouet sous le bras droit.

La Musique. — Ronde bosse. — Pierre. — H. 2m, 55.— Par M. SALMSON (JULES-JEAN). Une mandoline dans la main gauche, elle relève de la droite ses cheveux qui tombent sur ses épaules.

Sur les deux pilastres qui encadrent la façade reposent, à la hauteur du deuxième étage, deux groupes :

À gauche :

“Le Drame” par Hébert

Enfants symbolisant le Drame. — Groupe. — Pierre. — H. 1m, 30. — L. 1m, 70. — Par M. HÉBERT (ÉMILE). Au milieu, un enfant debout déclamant ; à droite et à gauche, deux autres enfants, l’un portant des couronnes de laurier, l’autre une lyre.

À droite :

“La Comédie” par Hébert

Enfants symbolisant la Comédie. — Groupe. — Pierre. — H. 1m, 30. — L. 1m, 70. — Par M. HÉBERT (ÉMILE). Au centre, un enfant debout déclamant ; à droite et à gauche, deux autres enfants, l’un portant un masque, l’autre un miroir.

“Masque de la Tragédie”

À la hauteur du premier étage, ces pilastres portent deux cartouches à mascarons, et à la hauteur des cariatides, deux panneaux rectangulaires ornés des armes de la Ville.

FRONTON.

L’étage supérieur est terminé par un fronton échancré. En couronnement de la façade se dresse :

“Le Génie de la Comédie” par Chevalier

Le Génie de la Comédie. — Groupe. — Pierre. — H. 2m, 30. — L. 2m, 50. — Par M. CHEVALIER (HYACINTHE). De la main droite, il tient une couronne ; de l’autre, un flambeau ; à ses pieds, de chaque côté, sont assis deux petits génies.

Les sculptures d’ornement, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, sont dues à MM. BLOCHE, PARFAIT, LELEU et MÉRIGOT.

INTÉRIEUR.

VESTIBULE.

Hall d’entrée du Vaudeville

Le vestibule, dont la disposition en tour ronde se trouve répétée à l’étage supérieur, est accessible, au rez-de-chaussée, par trois grandes ouvertures à arcades, en face desquelles sont trois baies symétriques donnant accès dans la salle. À droite et à gauche, deux autres arcades sont occupées par le bureau de location et celui de distribution des billets. Huit marches conduisent à un grand escalier à double révolution qui dessert les loges de balcon et les premières galeries, ainsi que le foyer du public situé au-dessus du vestibule d’entrée.

FOYER.

Le foyer est une salle circulaire autour de laquelle règnent, comme au rez-de-chaussée, huit arcades séparées par des colonnes en marbre de couleur. Ces colonnes sont surmontées de chapiteaux dorés et soutiennent une frise sur laquelle s’appuie une élégante coupole. Le champ de la coupole est partagé en compartiments dans lesquels se détachent en or, sur un fond bleu tendre, divers attributs allégoriques.

Une cheminée monumentale en pierre sculptée et des peintures murales garnissent les angles au-dessus des arcades et complètent cette riche décoration.

Les peintures décoratives du foyer sont l’œuvre de MM. RUBÉ (Auguste-Alfred) et CHAPERON (Philippe).

Avant 1870, le foyer était orné de :

Foyer du Vaudeville

L’Empereur Napoléon III. — Buste. — Marbre. — H. 0m, 80. — Par M. OLIVA (JOSEPH-ALEXANDRE).

Foyer du Vaudeville

L’lmpératrice Eugénie. — Buste. — Marbre. — H. 0m, 80. — Par Mlle DUBOIS-DAVESNES (MARGUERITE-FANNY).

À droite et à gauche de ce foyer sont ménagés deux autres petits salons ornés avec la même richesse et qui permettent au public de trouver un refuge contre le mouvement et le bruit de la foule.

Au foyer des artistes ont été placés les portraits de :

Madame Suzanne Brohan. — Toile marouflée. — H. 1m, 20. — L. 1m. — Par M. FOULONGNE (CHARLES-ALFRED). Dans Marion Delorme, elle remplit le principal rôle. Vue de trois quarts, un collier de pierres fines au cou, elle porte un corsage rouge décolleté à gigots, et une robe de même couleur ; les bras croisés, elle a un éventail dans la main droite.

Madame Albert. — Toile marouflée. — H. 1m, 20. — L. 1m. — Par M. FOULONGNE (CHARLES-ALFRED). Dans la Camargo, rôle de la Camargo. En bacchante, vue de face, les cheveux poudrés, un bouquet de feuilles de vigne et de raisin sur la tête, un collier de corail au cou, elle porte un corsage jaune tigré à gigots, une écharpe de feuilles de vigne ; elle tient de la main gauche un tambour de basque qu’elle frappe de la droite.

Madame Belmont. — Toile marouflée. — H. 1m, 20. — L. 1m. — Par M. FOULONGNE (CHARLES-ALFRED). Dans Fanchon la Vielleuse, rôle de Fanchon. De profil, un fichu de dentelles avec rose sur la tête, elle porte au cou un médaillon. Corsage brun. Elle joue de la vielle que retient un ruban bleu.

Madame Jenny Colon. — Toile marouflée. — H. 1m, 20. — L. 1m. — Dans la Laitière de Montfermeil, rôle de la laitière. Vue de trois quarts, elle porte un corsage décolleté à gigots, rayé blanc-noir, et une robe rouge.

SALLE.

La salle est de forme à très-peu près circulaire ; elle est entourée de couloirs de dégagements et comprend, au rez-de-chaussée, l’orchestre des musiciens, les baignoires, les fauteuils et les stalles d’orchestre. Du rez-de-chaussée partent deux escaliers qui desservent tous les étages et deux autres qui conduisent aux premières galeries seulement ; à côté de ces derniers on a ménagé deux sorties, l’une sur le boulevard et l’autre sur la rue.

Aux autres étages se trouvent le balcon avec ses loges et ses fauteuils, la première et la deuxième galerie ainsi que l’amphithéâtre.

Chacune des galeries est munie de ses deux avant-scènes. La salle est couronnée par une coupole richement ornée et qui renferme des peintures allégoriques dues au pinceau de M. MAZEROLLE (Alexis-Joseph).

L’une des loges d’avant-scène a été réservée pour le chef de l’État ; elle a une entrée spéciale sur le boulevard. Elle est ornée de deux cariatides en similipierre, dues à M. Charles CORDIER.

La loge qui fait face présente la même décoration. Les deux cariatides sont l’œuvre de M. François-Ambroise-Germain GILBERT.

La scène est séparée de la salle par un chambranle orné. Les rideaux d’avant-scène et de manœuvre, ainsi que le manteau d’Arlequin, ont été peints par M. RUBÉ et CHAPERON.

L. MICHAUX, MEMBRE DE LA COMMISSION. Paris, 15 mai 1879.

[Ministère de l’instruction publique. Inventaire général des richesses d’art de la France. Paris : monuments civils. Tome 1. Plon-Nourrit et Cie (Paris).]